Les bâtiments, le domaine

X Labbaye en 1695

Les bâtiments

 Tout au long de ses 7 siècles d’existence, l’abbaye fut remaniée ou reconstruite, notamment au XVIIe siècle lors de la grande réforme qui toucha les ordres religieux. Plusieurs états des lieux (1628, 1725, 1790, 1792) nous permettent de restituer avec une relative précision l'organisation des bâtiments et leurs fonctions. Ces états des lieux sont corroborés par le dessin de l'abbaye de Louis Boudan réalisé en 1695 et un plan de la moitié du XVIIIe siècle.

Par ailleurs, des fouilles archéologiques sommaires effectuées en 1901-1902 confirment que le chœur roman avait été remplacé par un chœur gothique tel qu’il est représenté sur le dessin de 1695 et ont mis au jour l’amorce de la nef.

Depuis le porche d'entrée (côté nord), une allée, orientée nord-sud,  séparait la basse-cour (côté ouest) comprenant les bâtiments domestiques et agricoles des bâtiments conventuels (côté est). Ces derniers étaient organisés autour du cloître. L'église orientée est-ouest mesurait environ 40 mètres de longueur. Le transept nord servait d'église paroissiale ; au-devant se trouvait le cimetière paroissial. La chapelle des vicomtes occupaient le côté sud du transept. Venaient ensuite, dans le prolongement de la chapelle vicomtale, le dortoir des religieuses qui dominait les jardins puis l'infirmerie. Le réfectoire et les cuisines occupaient l’aile sud, le logis abbatial et le parloir l’aile ouest. Un nouveau bâtiment avec un porche d'entrée, construit vers 1760, fermait le côté sud de l'enceinte du monastère. Côté nord, longeant la rue d'Étival, se trouvaient l’hôtellerie, le porche, divers logements, la grange et les étables ; leur bâti subsiste partiellement.

De hautes murailles ceinturaient un vaste enclos de près de 20 ha. Celui-ci comprenait les jardins des religieuses, le potager, des vergers, pépinières, charmilles, prés et allées de promenades. Une partie de ces murs sont toujours visibles.

 

Le domaine 

Avec près de 1200 ha, l'abbaye est l'une des plus riches abbayes de femmes de la province du Maine. C'est aussi une « entreprise » de 45 employés.

3 étangs principaux entouraient l'abbaye et le village. Le grand Étang ou l'étang du Moulin de l'abbaye est le plus important. Il mesure près de 8 ha et fut crée à la fin du XIIIe siècle. Grâce à sa digue de retenue, il alimentait en eau le moulin à blé de l’abbaye.  L'étang dit de la Ville était situé à l'entrée ouest de la paroisse d'Étival. Il est asséché mais on devine encore son emprise. Il alimentait les fontaines de l’abbaye. Le troisième, l'étang du Cormier, est situé en amont du grand étang et existe toujours. Ces étangs servaient également de réserves piscicoles.

Les forges d'Étival ont été créées en 1651 à l'initiative de l'abbesse Claire Nau au lieu-dit actuel de la Cosnuère (commune de Joué-en-Charnie). Pour son exploitation, des bâtiments furent construits, un étang et un canal creusés. Très peu rentables et formant concurrence avec les forges de Chemiré tout proches, d'où un interminable procès engagé par son propriétaire, le marquis de Sourches, les forges d'Étival cessèrent leur exploitation à la Révolution.

De nombreux autres biens, situés dans et hors province du Maine, complètent ce bref inventaire. L'essentiel des propriétés monacales se situaient dans la Champagne mancelle entre Beaumont-Fresnay et Loué ainsi que dans la Charnie, autour de  Ste Suzanne (Ces 4 localités étaient au Moyen Age, le siège de châteaux qui appartenaient aux vicomtes de Beaumont) : ce sont des fermes avec leurs terres, des bois, des granges dimeresses, des moulins, un four à chaux, des maisons et aussi des prieurés et des chapelles. 2 prieurés étaient situés hors province : Le Boulay (Indre-et-Loire) et Beaulieu à Azé (Loir-et-Cher).

 

A la Révolution, quatorze moniales de chœur et sept converses occupent encore l'abbaye lorsqu'elles en sont expulsées. Après un inventaire très précis du gouvernement révolutionnaire de 1792, qui estime sa valeur à 30 000 livres, l'abbaye et l'enclos sont finalement vendus après enchères 40 700 livres à des marchands de biens et exploitants agricoles qui habitent Étival et les communes environnantes (l'ensemble des biens fonciers de l'abbaye, soit 1200 ha était estimé à environ 300.000 livres). L'abbaye tombe progressivement en ruine ; nef, cloître et bâtiments conventuels sont utilisés comme carrière de pierres. Seuls sont sauvegardés le transept nord de l'abbatiale qui sert depuis toujours d'église paroissiale pour les habitants d'Étival ainsi que les bâtiments domestiques, ferme, hôtellerie et porterie.